Al-Rûmi

11 mai 2017

Iran : interview de David

David, tu rentres tout juste d’Iran, pourquoi as-tu choisi de partir dans ce pays ?

Pour plusieurs raisons. D’abord, pour rendre visite à une partie de la famille de mon amie qui habite là-bas. Ensuite, historiquement, c’est un pays qui m’intéresse pour ses nombreux sites chargés d’histoire. C’est LE berceau de notre civilisation, des premières cultures humaines, des premiers écrits, des premières sédentarisations… puis j’ai eu des échos de la famille disant que les Iraniens étaient très chaleureux avec une ouverture d’esprit incroyable. Tout cela ne collait pas avec le discours officiel qui est de nous fait croire que le pays est très conservateur, replié sur lui-même. J’y suis donc allé sans apriori. Et je n’ai pas été déçu !

mosquée iran

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris en Iran ?

La curiosité des gens, leur ouverture d’esprit… Ils aiment échanger et cherchent vraiment à vous connaître. Les communications extérieures étant filtrées par le pouvoir, dès qu’ils ont une occasion, ils vous convient chez eux. Nous avons rencontré beaucoup d’Iraniens lors de ce voyage, et nous nous sommes donc retrouvés à refuser beaucoup d’invitations à dîner et même pour dormir. Nous ne sommes finalement pas habitués à autant de gentillesse. On se dit, au premier abord, que ce n’est pas normal, qu’ils vont nous demander quelque chose en retour. Pas du tout. C’est juste cette envie de communiquer avec les étrangers, car ils sont, pour la plupart, dans l’incapacité de sortir d’Iran. Leur culture est énorme, et ils connaissent parfaitement les langues étrangères. Cela donne des conversations très intéressantes et enrichissantes.

Que faire, que voir en Iran selon toi ?

Comme nous y sommes restés trois semaines, nous avons d’abord visité tous les sites incontournables comme Persépolis, Ispahan, Yazd…

Ensuite, nous avons décidé de faire un crochet dans  les monts Alborz, au nord de Téhéran, pour voir entre autres la forteresse d’Alamût, sujet de bons nombres de légendes, et les jolis petits villages de la région, pour certains classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Les paysages des monts Alborz méritent le détour. Ce sont des pâturages très verts, contrastant avec les plateaux du centre du pays, en général, semi-désertiques. C’est aussi une parenthèse très rafraîchissante après la chaleur et le speed de la ville de Téhéran.

Un autre endroit que je recommande tout particulièrement : la ville de Shiraz, tout près de Persépolis. Ce n’est pas la plus belle ville d’Iran, mais culturellement, c’est la plus riche. Les gens y sont férus d’art et de littérature. C’est aussi la ville où sont enterrés deux poètes du Xe et XIIsiècle : Hafez et Saadi. Je conseille d’aller voir la tombe de ces poètes, qui est devenue avec le temps, un lieu de véritable pèlerinage, où les gens viennent lire et réciter des poèmes.

Et, pour les virées nocturnes, nous avons expérimenté les sitting-clubs, des pseudos discothèques où l’on s’assoit pour boire des soft et où l’on a le droit de se dandiner uniquement assis, au son de la musique (rires). On s’est bien marré !

De même, nous avons expérimenté des lieux publics qui, la nuit venue, sont pris d’assaut par de nombreuses personnes cherchant la fraîcheur et le divertissement. Par exemple, une expérience à ne pas louper : sous un des ponts principaux d’Ispahan, la foule a pris l’habitude de se rassembler sous ses arches en famille ou entre amis, certains pour y déclamer des poèmes en public, d’autres pour y chanter à l’unisson des chants traditionnels, parfois gentiment contestataires. Tout est bon pour repousser les limites qu’impose la loi islamique.

Je pense vraiment revenir en Iran car je n’ai pas eu le temps de visiter certains sites qui me tiennent à cœur, comme la Ziggourat de Chogha Zanbil.

Si tu devais caractériser le pays en 4 mots, lesquels seraient-ils ?

Fondamentalement curieux, ouverts et accueillants
Que l’on soit face à des religieux ou à des civils, les Iraniens font preuve d’une ouverture d’esprit sincère et d’une curiosité rare, qui les amènent à vous solliciter régulièrement pour échanger dans la pure tradition de la discussion orientale, c’est-à-dire à bâton rompu, et souvent pleine de second degré, voire d’humour ! L’hospitalité perse n’est pas feinte. Elle est sincère et toujours dénuée d’intérêt. La société iranienne dans son intimité est loin des clichés du fondamentalisme, austère et fermé, qu’on lui colle et que sa classe politique cultive.

• Erudition
Le niveau culturel des Iraniens est de loin, le plus élevé que j’ai pu rencontrer au cours de mes voyages. Chauffeur de taxi le soir, ingénieur en ergonomie le jour, retraités érudits traquant les étrangers pour simplement échanger avec eux à propos de Montesquieu ou de Voltaire, jeunes gens parlant parfaitement plusieurs langues étrangères sans être jamais sortis d’Iran… et sous chacune de ses personnes se cache un ingénieur informatique, capable de contourner tous les verrous que le gouvernement a mis en place sur Internet. Ainsi, un enfant m’expliquait comment mettre en place un VPN (réseau informatique privé) sur mon téléphone, pour passer au travers des filtres sur Internet afin d’avoir accès à Facebook… De l’aveu même des jeunes, ayant beaucoup de recul sur leur situation, la révolution islamique aura au moins eu cette avantage incontestable : dans un pays où bar, boîte de nuit et effusion amoureuse sont proscrites en public, loisirs et divertissements riment ici avec études et cultures.

• Patrimoine historique
Un pays complet à classer au patrimoine de l’humanité. Ce pays du croissant fertile a vu naître LA « civilisation ». Avec la sédentarisation des hommes, les premières cultures agricoles et les premiers établissements urbains sont apparus. Rapidement suivi par la naissance de l’écriture. Bien que parfois « profane », ce patrimoine est préservé et sacralisé, contrairement à d’autres endroits sous les feux des projecteurs de l’actualité.

Ainsi, il y subsiste de nombreux trésor de l’humanité, comme la ziggourat de Chogha Zanbil, la mieux conserver du croissant fertile (datant d’au moins 1 500 ans avant J.-C.), dans la région de Suze.

L’antique Persépolis, proche de Shiraz, où l’on peut encore ressentir la richesse du royaume perse antique, qui un jour fit trembler la Grèce. On a encore l’impression de pouvoir voir au loin, dans la plaine, l’armée d’Alexandre approcher pour la conquérir. Enfin, le patrimoine islamique impressionnant comme Ispahan, les villes du déserts et le souvenir de la Route de la Soie

Ce pays regorge d’un patrimoine culturel qui déroule sa chronologie de la naissance de la civilisation, jusqu’à nos jours. Nulle part ailleurs, j’ai pu voir une telle continuité, et une telle diversité historique et archéologique.

• Modernité et sécularité
Il est surprenant et plutôt insolite de voir le nord résidentiel de Téhéran dessiner sa skyline de bulding ultramodernes sur fond de la chaîne de l’Alborz et du mont Damavand enneigé. Ville trépidante à l’énergie entraînante, tout le monde s’y affaire. Elle est pourvue de nombreux grands parcs, de musées, de terrains de sport et de fontaines réfrigérées (eau fraîche gratuite disponible tous les 100 mètres !). L’Iran est un pays riche en ressource. Pour s’y déplacer, le réseau routier et les bus y sont parfaitement modernes et partout les équipements publics sont de haut niveau.

Interview de David ici 

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